Un trouble anxieux peut se manifester chez un enfant avant même l’apprentissage de la lecture. Les symptômes passent parfois inaperçus, confondus avec de la timidité ou de la fatigue. Dans certains cas, un changement de comportement soudain masque une souffrance qui ne trouve pas de mots.
Des études récentes montrent que près d’un enfant sur cinq rencontre, à un moment de sa vie, des difficultés psychiques significatives. L’accès à des soins adaptés reste inégal selon les territoires et les ressources disponibles. Les professionnels insistent sur l’importance d’une attention précoce et de l’accompagnement par l’entourage.
La santé mentale des enfants : une réalité souvent méconnue
La santé mentale des enfants reste trop souvent reléguée à l’arrière-plan, éclipsée par les urgences de la santé physique ou les exigences scolaires. Pourtant, dès l’enfance, l’équilibre psychique se façonne à travers une mosaïque de facteurs : personnalité, cadre familial, école, environnement social. Santé publique France et l’Inserm dressent un constat sans appel : les jeunes sont de plus en plus exposés à des troubles psychiques, dépression, troubles anxieux, TDAH, dyslexie, troubles du spectre de l’autisme (TSA). La crise sanitaire liée à la COVID-19 a accentué ces vulnérabilités, mettant en lumière les failles du système de prévention.
Quelques chiffres résument l’ampleur du sujet :
- Un enfant sur cinq serait concerné par un trouble psychique à un moment de sa vie, d’après l’UNICEF et l’Organisation mondiale de la santé.
- Les troubles anxieux et dépressifs se manifestent parfois dès l’école primaire, et ne se limitent plus à l’adolescence.
- Les troubles du développement, TDAH, TSA, dyslexie, forment une part grandissante des diagnostics en France.
Précarité, violences, discriminations, isolement ou difficulté d’accès aux soins font partie des facteurs de risque. À l’opposé, un entourage à l’écoute, une stabilité affective, un accompagnement éducatif solide figurent parmi les facteurs protecteurs les plus puissants. Penser la santé mentale de l’enfant, c’est sortir d’une vision purement individuelle ou héréditaire : tout un environnement s’imbrique, de l’école à la sphère familiale, en passant par le contexte social et l’histoire personnelle. L’Inserm et l’Éducation nationale appellent à une mobilisation générale, portée par la recherche et des politiques publiques ambitieuses, pour que les souffrances des enfants ne restent plus dans l’ombre.
Quels signes doivent alerter parents et éducateurs ?
Repérer un mal-être chez l’enfant demande une attention de tous les instants. Les signes ne sont pas toujours bruyants : parfois discrets, souvent éparpillés, ils s’installent dans la durée. Certaines manifestations physiques retiennent l’attention des soignants : maux de ventre à répétition, migraines, fatigue persistante, troubles du sommeil, variations soudaines de poids, problèmes de peau. Ces signaux corporels trahissent fréquemment une souffrance intérieure difficile à exprimer.
Sur le plan émotionnel et comportemental, plusieurs repères méritent d’être surveillés : un repli soudain, une tristesse qui s’étire, des colères inhabituelles ou une agressivité qui surgit sans prévenir. Un enfant qui s’enferme dans le silence, refuse l’école ou voit ses résultats chuter sans raison évidente, lance un appel discret à l’aide. À l’adolescence, l’attention doit redoubler face à tout désengagement social, discours dévalorisants, signes de détresse émotionnelle ou comportements dangereux.
Voici les situations qui doivent inciter à regarder au-delà des apparences :
- Les troubles anxieux se camouflent souvent derrière la phobie scolaire ou des inquiétudes disproportionnées pour des détails.
- Une hyperactivité soudaine ou, à l’inverse, un retrait marqué, peuvent signaler un trouble du développement ou les débuts d’une dépression.
- Des difficultés d’apprentissage persistantes, quand l’environnement semble pourtant stable, doivent conduire à s’interroger.
Le rôle des parents et des enseignants se révèle déterminant : leur vigilance, leur capacité à dialoguer et à décoder les non-dits est la première étape pour éviter l’aggravation. Osez poser des questions, cherchez à comprendre, car l’enfant exprime d’abord son mal-être à travers son corps ou ses attitudes.
Accompagner un enfant : outils et attitudes pour favoriser son bien-être
Le bien-être de l’enfant ne se décrète pas. Il se construit chaque jour, dans les détails et la constance. La prévention commence par une hygiène de vie : sommeil régulier, alimentation adaptée, moments pour bouger, respirer, jouer. Le climat familial joue un rôle central : un espace d’échange, sans jugement, où l’on peut parler de tout, même des émotions les plus confuses, permet à l’enfant de se sentir entendu.
La vigilance n’a rien à voir avec la suspicion. Il s’agit d’être disponible, attentif à ses changements d’humeur, à ses silences, sans tomber dans la dramatisation. Parents, enseignants, éducateurs : tous ont leur place pour soutenir l’enfant. Un cadre rassurant et bienveillant protège, mais il ne s’agit pas non plus de tout permettre : des repères clairs et la reconnaissance de la souffrance, sans la minimiser, sont nécessaires.
Pour mettre en œuvre cet accompagnement, plusieurs ressources sont à disposition. Les professionnels de santé, médecin, psychologue, infirmier scolaire, peuvent accompagner l’enfant et ses proches. Intervenir tôt limite le risque de voir les troubles s’installer. Savoir repérer les signaux, proposer un suivi adapté, rompt l’isolement et la stigmatisation, comme le rappellent Natacha Hoareau et Brune Bérail, toutes deux psychologues cliniciennes spécialisées dans la prise en charge des enfants et adolescents.
Voici quelques leviers concrets à activer au quotidien :
- Privilégier la communication ouverte au sein de la famille.
- Soutenir l’autonomie, tout en gardant un cadre sécurisant.
- Faire appel aux dispositifs de prévention et d’écoute, en lien avec les professionnels et associations de terrain.
Rompre la stigmatisation reste un enjeu décisif. Mobiliser la famille, l’école, l’entourage, c’est offrir à chaque enfant l’opportunité de se construire, de s’affirmer, sans peur d’être jugé ou rejeté.
Ressources et initiatives pour soutenir la santé mentale dès le plus jeune âge
Le développement de recherches nationales et d’actions collectives témoigne de l’ampleur de l’enjeu autour de la santé mentale des enfants. L’enquête Enabee, menée par Santé publique France avec l’Éducation nationale, analyse le bien-être des jeunes, identifie les facteurs de risque et décrypte l’impact du mal-être sur la scolarité et les relations sociales. L’étude Mentalo, portée par l’Inserm, suit l’évolution du bien-être mental des enfants sur plusieurs années et inspire la création de nouveaux dispositifs de prévention.
Le programme IMPROVA, conduit par l’Inserm en partenariat avec l’ESSMA, vise à détecter et prévenir les troubles psychiques, à réduire la stigmatisation et à lutter contre les inégalités sociales d’accès aux soins. Ces avancées scientifiques s’accompagnent d’une mobilisation associative et institutionnelle grandissante.
Voici quelques ressources majeures, accessibles aux enfants et à leur entourage :
- Fil santé jeunes propose écoute, conseil et orientation, par téléphone ou en ligne, pour les adolescents en difficulté.
- SOS amitié offre une écoute bienveillante 24h/24, accessible aux enfants et aux familles.
- Le numéro 3114 permet une prise en charge immédiate des situations de souffrance psychique ou de prévention du suicide.
- L’UNAFAM accompagne les proches d’enfants confrontés à des troubles psychiques.
Recherche, engagement associatif et politiques publiques s’unissent pour offrir à chaque enfant un avenir où la santé mentale ne sera plus un sujet tabou, mais un droit, une vigilance et une promesse. Qui sait : le prochain pas que vous ferez vers l’écoute ou le dialogue pourrait changer la trajectoire d’une vie.


